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Accueil > Documents > "Le défi du 3e millénaire" > "Le Vieux" de Gudule
LE VIEUX (7)
VII - Grand-père, grand-père, montre-nous ton derrière !

Le vieux s'est éteint à la morte-saison. Un matin, Nic a trouvé l'épouvantail par terre, en morceaux, et un camion garé au milieu du jardin. C'était l'entreprise de démolition.
Les ouvriers lui ont appris qu'une grosse société immobilière avait acheté la maison en viager, et que les travaux allaient commencer. A cet emplacement s'élèverait bientôt une tour de quinze étages ; deux cent cinquante appartements grand standing.
Nic n'a rien dit. Il n'y avait rien à dire. Ce jour-là, il n'est pas allé en classe. Il a refait tout seul le chemin tant de fois parcouru à deux, mais n'a reconnu ni les prés, ni la forêt, ni l'étang. A la place ne restaient que des rues au trottoir sale, la cité Paul Valéry dont le père de Cédric est gardien, le caniveau bouché depuis plus de trois mois. Le vieux avait emporté ses mirages avec lui.
Puis le temps a passé. Nic a recommencé à jouer avec Tintin, Ti-Fang et Benjamin, à étudier, à échanger des billes, à tirer les cheveux des filles. Comme si rien ne s'était passé. D'ailleurs, s'était-il passé quelque chose ? Jusqu'au jour où, s'attardant par hasard devant l'immeuble tout neuf qui s'élevait au fond de l'impasse Léon, il a vu trois lapereaux sortir des soupiraux, et bondir parmi l'herbe qui poussait entre les pavés. Alors il s'est senti tout chaud à l'intérieur, et d'une voix à peine perceptible, il a fredonné pour lui seul, dans le gazouillis des oiseaux qui fêtaient le printemps :
- Grand-père, grand-père, montre-nous ton derrière !


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