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| Grandir à tout
âge |
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Par
le Professeur
Jean BERNARD, Membre de l'Académie Française
Extrait de "Grandir
& Vieillir : le défi du 3e millénaire"
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Un enfant de cinq ans et demi, ému par la nécessité,
le caractère inéluctable de la mort qu'il vient de découvrir,
interroge son père : "Pourquoi ne vit-on pas toujours".
Le père, embarrassé, évoque la vieillesse et
ses misères, cite quelques exemples de décrépitude
particulièrement affligeants. Mais l'enfant : "Ne pourrait-on
pas demeurer toujours au même âge ?" "A quel
âge ?" demande le père. "A cinq ans et demi"
répond l'enfant.
Sans rester à cinq ans et demi, il est permis de rappeler l'extrême
diversité des relations de l'âge avec des fonctions essentielles
de l'esprit humain. Ainsi la création. La création est
le propre de l'homme. Aucun n'animal n'a écrit Hamlet.
Aucun animal n'a peint la Joconde. |
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| La
création est le fait des êtres jeunes. Avec cependant
de grandes variations selon la discipline considérée.
Très jeunes sont les mathématiciens, les poètes,
les musiciens. Il suffit de penser à Evariste Galois, à
Rimbaud, à Mozart. Moins jeunes sont les biologistes. C'est
entre trente et quarante ans que Pasteur, Claude Bernard, Landsteiner
font leurs plus importantes découvertes. Plus tard encore pour
certains écrivains : Molière, La Fontaine n'avaient
rien écrit avant quarante ans. Et de grands peintres, déjà
des vieillards ou presque ont, après quatre-vingt ans créé
d'admirables tableaux. Ainsi Titien, Claude Monet. |
| Le
changement de la condition humaine du XXe siècle, et plus exactement
de la deuxième moitié de ce siècle qui s'achève,
est assurément la prolongation de la durée de la vie
moyenne de l'homme. |
Je
relisais l'an dernier L'Ecole des Femmes. Le héros de
Molière, Arnolphe, est un vieillard. Son grand âge est
objet de moquerie. Sa jeune femme le trompe. Ce vieillard a quarante
deux ans. Chrysale le lui rappelle dans la première scène
du premier acte.
L'espérance de vie, à la fin du XVIIIe siècle,
est de 27 ans, 28 ans. Et cinquante ans plus tard, Balzac écrit
un beau roman pour nous monter qu'une femme de trente ans peut encore
être amoureuse et être aimée. |
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Premier
événement, la prolongation de la durée de la
vie de 80 à 90 ans. Un enfant né aujourd'hui sera appelé
à vivre avec quatre ou cinq générations. |
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Deuxième
événement, la prolongation de l'espérance de
vie sans incapacité, avec des variations selon les pays, des
variations dues peut-être, du moins pour une part, aux méthodes
diverses d'appréciation de ces prolongations. |
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Troisième événement, les différences confirmées
entre les deux sexes. Les sociétés de vieillards sont,
en majorité, des sociétés de vieilles femmes. |
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Quatrième événement, l'extrême diversité
des situations ainsi créées. La grande inégalité
de la vie, ce n'est ni celle de la fortune, de la richesse, de la
pauvreté, ni celle des dons, des talents, de l'absence de talent,
c'est celle des vingt ou trente dernières années de
la vie. |
D'un
côté les vieillards dépendants, accablant les
familles et accablés par elle ou peuplant des maisons de retraite.
D'un autre côté, les vieillards vifs, alertes, enseignant,
travaillant, peignant des chefs d'uvre, comme Titien ou Claude
Monet déjà évoqués. Mon cher maître,
le grand pédiatre Robert Debré, à 95 ans, décrivait
pendant une heure à l'Académie de médecine les
progrès de sa discipline. Et le cher Jean Guitton, à
97 ans, définissait rigoureusement, en commission du dictionnaire,
les mots appartenant à la théologie, à la philosophie.
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