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Vieillir & Grandir : Permanences et changements
dans les rapports entre générations (2)

La deuxième raison est plus fondamentale. Dans la succession des générations, chaque génération s'inscrit entre celle qui la précède et celle qui la suit et les liens qu'elle a avec l'une interfère avec ceux qu'elle a avec l'autre. Dans les interactions entre deux générations, il y a toujours présence symbolique ou effective d'une tierce génération qui exerce une influence sur leurs rapports. Ce phénomène est inhérent au lien générationnel quelle que soit l'époque et sa démographie - il fait partie des continuités évoquées précédemment, et j'y reviendrai en conclusion.

J'aborderai l'évolution des rapports entre générations à partir de l'étude de la grand-parentalité et des nouveaux contours qui la caractérisent aujourd'hui, à partir d'une recherche menée avec Martine Segalen sur les grands-parents (4). Je commencerai par un bref rappel historique pour mieux faire ressortir la nouveauté de la figure grand-parentale d'aujourd'hui.

L'histoire de la vieillesse a bien montré les images contradictoires et la minoration des vieux en occident. On sait qu'il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que s'impose le respect des vieux et sa représentation de sage. Mais si l'image des vieux et des vieilles a été alors revalorisée c'est en prenant les traits des grands-pères et des grands-mères. Et leur statut dans la famille a été renforcé grâce à la fonction pédagogique qu'ils ont acquis auprès des petits-enfants, à l'époque où se formait l'idéal bourgeois de la famille, comme l'a bien montré Philippe Ariès.

Cet intérêt relativement récent pour l'aïeul, est subordonné à celui que la société porte à l'enfant, car il en est l'éducateur désigné. En effet, le statut de l'enfant est aujourd'hui totalement différent de ce qu'il était autrefois. Il faut le rappeler avec force tant nous sommes enclins à projeter dans le passé nos représentations contemporaines. Dans les sociétés paysannes, comme dans les sociétés non occidentales, le jeune enfant était avant tout un travailleur, un continuateur de lignée et le garant des soins futurs donnés à ses parents devenus des vieillards, dans une société dépourvue d'Etat-providence. Les enfants ont été mis aux champs dès l'âge de 5 ans, à la charrue avec leur père, à la cuisine avec leur mère, à l'atelier ou à l'usine. Il faudra attendre les lois de Jules Ferry pour que soit reconnu leur statut d'être en devenir, à façonner.

La solidarité entre jeunes et vieux dans les sociétés rurales a été désorganisée par les effets de l'industrialisation qui a prolétarisé plusieurs générations et par les migrations vers les villes qui ont rompu les liens familiaux tant sociaux que culturels. Ces liens se sont reconstitués par la suite, quand s'est améliorée la condition ouvrière et que sont apparues les retraites, libérant du temps avant la mort et la possibilité d'exercer un rôle de grand-parent. Suite >>>


4 Attias-Donfut Claudine ; Segalen Martine, 1998, Grands-parents : la famille à travers les générations, Paris, Odile Jacob.

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