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Les personnes
âgées devenant désormais financièrement
autonomes, leurs enfants ont été déchargés
de l'obligation de les entretenir ou de les loger. Et d'économiquement
dépendants, les grands-parents sont devenus à l'inverse,
pourvoyeurs de leurs descendants. Quant à ces derniers, engagés
dans la vie professionnelle, ils retirent du système des
pensions une double libération : ils n'ont plus à
se préoccuper d'assurer les vieux jours ni de leurs parents,
ni d'eux-mêmes, la perspective de leur retraite leur garantissant
leur propre vieillesse. L'essentiel de leur effort économique
peut alors se concentrer sur l'aide apportée à leurs
enfants et/ou sur la constitution d'un patrimoine qu'ils leur transmettront
également.
La retraite
a ainsi favorisé l'inversion des solidarités familiales,
leur réorientation en direction des jeunes, jouant indirectement
dans le même sens que les prestations familiales ou les bourses
d'études, incitant les parents à miser sur l'éducation
des enfants.
Les résultats
d'une enquête sur 3 générations que nous avons
réalisé à la CNAV montre l'importance de ces
solidarités et le sens des transferts financiers entre générations,
qui vont des plus âgés aux plus jeunes (5). Il s'agit
d'une vaste enquête quantitative portant sur les échanges
de toutes natures entre générations. Cette enquête
a été menée auprès d'un échantillon
de familles dans lesquelles existent trois générations
adultes vivant dans le territoire métropolitain, une génération
pivot composée de personnes âgées de 49 à
53 ans, la génération de leurs parents et celle de
leurs enfants adultes. Ces trois générations ont été
enquêtées, soit près de 5.000 personnes appartenant
à 2.000 lignées, complétée par une enquête
qualitative menée en 1996 auprès d'un sous échantillon
de 30 lignées, soit une centaine d'entretiens approfondis.
Les premiers résultats de cette enquête ont mis en
évidence la vitalité de l'entraide intergénérationnelle,
sous forme d'échanges de services de toutes natures (pour
l'entretien du logement, la vie quotidienne, les transports, les
démarches administratives, etc.) ou sous forme d'échanges
économiques en espèces ou en nature. Le graphique
ci-dessous révèle la grande fréquence de ces
échanges : les services sont rendus par chacune des générations
aux deux autres dans une réciprocité généralisée,
mais c'est la génération " pivot " qui en
est la principale pourvoyeuse. Les transferts financiers sont quant
à eux principalement descendants, des plus âgés
aux deux générations descendantes et de la génération
intermédiaire aux plus jeunes. Il faut souligner que les
plus âgés (dont l'âge varie de 68 à 92
ans) ont en moyenne des revenus inférieurs à ceux
de leurs enfants et petits-enfants et n'en sont pas moins donateurs
d'aide financière, grâce à l'épargne
qu'ils ont put accumuler au cours de leur vie. Il faut le souligner
également, leur "altruisme" qui les incite à
contribuer au bien être de leurs descendants. Ce fonctionnement
des solidarités familiales a été largement
stimulé par le développement des retraites.
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