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REPRESENTATIONS DANS LA LITTERATURE ENFANTINE
DE L'EXPRESSION ET DE LA REGULATION
DES AFFECTS EPROUVES
À L'OCCASION DE LA MORT DES GRANDS-PARENTS
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Benoît Schneider (1), Virginie Bauer, Marie-Claude Mietkiewicz
Université Nancy 2

A paraître au printemps 2003 dans Actes du Colloque du GROFRED, ouvrage publié par les Editions Erès
Si les travaux consacrés aux émotions ont mis longtemps l'accent sur une approche individualiste et sollipsiste de la fonction humaine des émotions, plusieurs courants théoriques, en particulier depuis les années 1980, invitent à réviser les relations entre biologique, psychologique et social et prennent de plus en plus en compte les aspects sociaux et interactifs des émotions, en interrogeant les liens qu'entretiennent socialisation, historisisation et culture. On peut mentionner pour exemple le paradigme de la construction sociale des émotions : il soutient que les émotions, bien qu'enracinées dans des impulsions naturelles, répondent à des besoins fonctionnels d'une société ou d'une culture données et varient selon les époques et le temps ; ou encore les recherches inaugurées par les socio-historiens qui lient l'histoire aux théories sociales et psychologiques des émotions. L'expression des émotions, voire leur vécu, peuvent être modulés par un contexte spécifique. Une grande partie de la socialisation des enfants consiste, à travers la transmission de normes complexes et élaborées, à leur appendre à réguler leurs émotions.

En référence à ces approches, nous proposons ici, à partir de la prise en compte des caractéristiques de l'abord de la mort des grands-parents dans les ouvrages pour enfants, d'analyser la représentation des émotions en jeu dans l'accompagnement du décès.

Mort des grands-parents et littérature enfantine

Etant donné les âges respectifs des grands-parents et des petits-enfants à l'heure actuelle, nous avons pu estimer (2) vraisemblable qu'avant l'adolescence, un petit-enfant soit confronté à la mort de l'un de ses grands-parents et aux circonstances douloureuses qui accompagnent le décès. Nous pouvons nous demander comment l'enfant vit cet événement. Nous pouvons aussi nous demander quelle représentation notre culture en propose, c'est-à-dire comment la vieillesse et la mort sont présentées à l'enfant à travers certains supports culturels : ces supports vont donner du sens à une des fonctions attribuées aux grands-parents qu'est la familiarisation au temps qui passe et à la mort. Ils vont également nous proposer une lecture des sentiments et des affects éprouvés par les partenaires. En ce sens l'évocation du décès des grands-parents nous offre un cadre d'analyse : grands-mères et grands-pères deviennent les médiateurs obligés, reflets et agents d'une forme de socialisation des affects.

Le thème de la vieillesse et de la mort des grands-parents n'est pas un thème marginal de la littérature enfantine ; il est devenu suffisamment marqué pour s'inscrire dans une manifestation de la Fondation Nationale de Gérontologie et donner lieu au prix "Chronos" de littérature pour la jeunesse. D'une présélection de 122 ouvrages retenus pas la FNG pour les années 1996 à 2000, nous avons extrait les livres destinés aux enfants de 9 à 12 ans : l'acquisition du concept de mort se fait progressivement chez l'enfant, mais on estime, critère qui a justifié notre choix, qu'à partir de 9 ans environ le concept de mort peut être considéré comme acquis même s'il peut être approfondi à l'adolescence (3).

Cette sélection a permis de définir un corpus composé de 34 ouvrages de loisirs, présentés sous forme de romans pour beaucoup, d'histoires plus pédagogiques pour d'autres, abordant selon des modalités variées le thème de la mort d'un grand-parent.

L'espace imparti ne nous permet pas de présenter les composantes principales des histoires et de la mise en scène de la mort, ni encore de détailler la description des composantes "cognitives" de la représentation de la mort (causes, modalités d'annonce, place aux croyances, aux rituels, au souvenir, etc.). Nous centrerons notre propos sur les types de sentiments et manifestations émotionnelles liés à la perte et sur les modes de régulation des affects selon les données contextuelles d'évocation du décès (point de vue de l'enfant, des adultes). Nous avons conservé dans l'analyse deux dimensions qui se sont avérées importantes :
1. L'identité du personnage représentant une "figure grand-parentale" ; il peut s'agir d'un arrière grand-parent (Tableau 1 : AGP) ; d'un grand-parent (GP) ; d'une personne proche de l'enfant, non socialement identifiée comme grand-parent, mais qui en possède plusieurs attributs et fonctions (Substitut).
2. L'abord de la mort par les auteurs, selon qu'il soit fait référence à :

- (A) un grand-parent décédé dans le passé et donnant lieu à l'évocation de souvenirs ;
- (B) la mort du proche âgé, mais simplement à titre de possibilité au terme d'une maladie ou comme terme de la vie. Le décès n'intervient alors pas dans le cours du récit ;
- (C) la mort du proche âgé comme élément effectif de l'histoire. Suite >>>
_________________________________________
(1) Benoit.Schneider@univ-nancy2.fr. La bibliographie est disponible auprès des auteurs.
(2) Mietkiewicz & Schneider, 1998.
(3) Ferrari, 1996.

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