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les travaux consacrés aux émotions ont mis longtemps
l'accent sur une approche individualiste et sollipsiste de la fonction
humaine des émotions, plusieurs courants théoriques,
en particulier depuis les années 1980, invitent à réviser
les relations entre biologique, psychologique et social et prennent
de plus en plus en compte les aspects sociaux et interactifs des émotions,
en interrogeant les liens qu'entretiennent socialisation, historisisation
et culture. On peut mentionner pour exemple le paradigme de la construction
sociale des émotions : il soutient que les émotions,
bien qu'enracinées dans des impulsions naturelles, répondent
à des besoins fonctionnels d'une société ou d'une
culture données et varient selon les époques et le temps
; ou encore les recherches inaugurées par les socio-historiens
qui lient l'histoire aux théories sociales et psychologiques
des émotions. L'expression des émotions, voire leur
vécu, peuvent être modulés par un contexte spécifique.
Une grande partie de la socialisation des enfants consiste, à
travers la transmission de normes complexes et élaborées,
à leur appendre à réguler leurs émotions.
En référence
à ces approches, nous proposons ici, à partir de la
prise en compte des caractéristiques de l'abord de la mort
des grands-parents dans les ouvrages pour enfants, d'analyser la
représentation des émotions en jeu dans l'accompagnement
du décès.
Mort des
grands-parents et littérature enfantine
Etant donné
les âges respectifs des grands-parents et des petits-enfants
à l'heure actuelle, nous avons pu estimer (2) vraisemblable
qu'avant l'adolescence, un petit-enfant soit confronté à
la mort de l'un de ses grands-parents et aux circonstances douloureuses
qui accompagnent le décès. Nous pouvons nous demander
comment l'enfant vit cet événement. Nous pouvons aussi
nous demander quelle représentation notre culture en propose,
c'est-à-dire comment la vieillesse et la mort sont présentées
à l'enfant à travers certains supports culturels :
ces supports vont donner du sens à une des fonctions attribuées
aux grands-parents qu'est la familiarisation au temps qui passe
et à la mort. Ils vont également nous proposer une
lecture des sentiments et des affects éprouvés par
les partenaires. En ce sens l'évocation du décès
des grands-parents nous offre un cadre d'analyse : grands-mères
et grands-pères deviennent les médiateurs obligés,
reflets et agents d'une forme de socialisation des affects.
Le thème
de la vieillesse et de la mort des grands-parents n'est pas un thème
marginal de la littérature enfantine ; il est devenu suffisamment
marqué pour s'inscrire dans une manifestation de la Fondation
Nationale de Gérontologie et donner lieu au prix "Chronos"
de littérature pour la jeunesse. D'une présélection
de 122 ouvrages retenus pas la FNG pour les années 1996 à
2000, nous avons extrait les livres destinés aux enfants
de 9 à 12 ans : l'acquisition du concept de mort se fait
progressivement chez l'enfant, mais on estime, critère qui
a justifié notre choix, qu'à partir de 9 ans environ
le concept de mort peut être considéré comme
acquis même s'il peut être approfondi à l'adolescence
(3).
Cette sélection
a permis de définir un corpus composé de 34 ouvrages
de loisirs, présentés sous forme de romans pour beaucoup,
d'histoires plus pédagogiques pour d'autres, abordant selon
des modalités variées le thème de la mort d'un
grand-parent.
L'espace imparti
ne nous permet pas de présenter les composantes principales
des histoires et de la mise en scène de la mort, ni encore
de détailler la description des composantes "cognitives"
de la représentation de la mort (causes, modalités
d'annonce, place aux croyances, aux rituels, au souvenir, etc.).
Nous centrerons notre propos sur les types de sentiments et manifestations
émotionnelles liés à la perte et sur les modes
de régulation des affects selon les données contextuelles
d'évocation du décès (point de vue de l'enfant,
des adultes). Nous avons conservé dans l'analyse deux dimensions
qui se sont avérées importantes :
1. L'identité du personnage représentant une "figure
grand-parentale" ; il peut s'agir d'un arrière grand-parent
(Tableau 1 : AGP) ; d'un grand-parent (GP) ; d'une personne proche
de l'enfant, non socialement identifiée comme grand-parent,
mais qui en possède plusieurs attributs et fonctions (Substitut).
2. L'abord de la mort par les auteurs, selon qu'il soit fait référence
à :
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