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Il y a de l'animal,
du spirituel, du social dans l'amour. Derrière l'unité
évidente d'un "je t'aime" une multiplicité
de composants se dessinent, et font la cohérence du "je
t'aime". L'amour procède à la fois de la parole
et précède la parole. Alors est-ce que la littérature
est constituante de l'amour ou bien, est-ce que tout simplement
elle catalyse et le rend visible, sensible et actif ?
Pour témoigner autour de cette question le lundi 1er
décembre 2003 au salon du livre de jeunesse de Montreuil,
Geneviève Arfeux-Vaucher
de la Fondation Nationale de Gérontologie avait réuni
4 auteurs : Elisabeth Brami,
Yaël Hassan, Olivier
Lebleu, Jean-Luc Luciani.
"Il n'y
a pas d'âge pour aimer" dira madame Arfeux-Vaucher en
ouvrant le débat. Les amourettes entre enfants à tout
âge sont publicitaires. Certains parents rapportent les histoires
d'amour de leur progéniture dès son entrée
à la crèche. Ce jeu peut s'intensifier avec le début
de l'adolescence. Mais à cette époque ce mode de relation
ne constitue pas encore un véritable attachement : garçons
et filles sont aussi sensibles à l'intimité bi-sexuée
qu'à l'intimité mono-sexuée. C'est le plus
souvent au sein de cette dernière que s'élabore la
capacité à trouver un soutien émotionnel hors
de sa famille avec une personne de sa génération.
Au cours de la prime adolescence ce soutien devient aussi fort que
celui trouvé auprès des parents, et il possède
même électivement certaines qualités qui en
font un facteur de développement nécessaire. Les changements
rapides et multiples au cours de cette période sont source
de fragilité de la personnalité. Le doute sur soi
et la crainte du regard d'autrui atteignent des sommets avec pour
corollaire un conformisme extrême. Or l'ami intime de même
sexe, parce qu'il partage l'expérience de ces changements,
peut plus que tout autre en favoriser l'élaboration psychique.
Enfin l'établissement de cette intimité dans la prime
adolescence est un puissant acteur de l'adaptation sociale ultérieure.
Cette amitié qui s'élabore, s'interrompt avec la séparation,
se transforme, est un motif commun à plusieurs romans des
auteurs invités.
L'amour se dit
avec bien des mots car il faut pouvoir en montrer plusieurs facettes
: l'exaltation mystique, l'attraction sensuelle, le désir
de possession, la tendresse, la dépendance, etc. L'exploration
de ces aspects ouvre un immense champ pour une psychologie des sentiments
à laquelle est sensible Elisabeth Brami en destinant à
tous les âges des livres-dictionnaires. Couleur chagrin
pour la disparition d'un être cher, Les petits riens,
Petit cur, je t'ai cherché et je t'ai trouvé.
Sentiments opposés dans Moi j'adore ! La maîtresse
déteste. Joies et désagréments dans Dimanche.
Dans plusieurs de ces ouvrages, le besoin de câlineries est
bien présenté comme inné et non un avatar des
désirs sexuels.
Il y a plusieurs sortes d'amour : l'affection, la générosité
nous dit cette auteure. Nous aimons nos parents, nos frères,
nos amis et même des personnes qui ne nous sont pas spécialement
proches. Cet amour là est un penchant, avec beaucoup d'attention
et de souci de l'autre. Il fait appel à la sympathie. Nous
partageons des sentiments avec ces personnes, nous souffrons de
leurs peines et sommes heureux de leurs joies et de leurs bonheurs.
Cet amour des autres rend bienveillant, compatissant, généreux,
charitable. Mais sommes-nous capables d'aimer ces vieux devenus
parfois capricieux, acariâtres, malades, invalides ? Le texte
non publié que lira Elisabeth nous y invite fortement en
nous rappelant le besoin de solidarité et de respect entre
les générations.
Yaël Hassan
veut aussi montrer à ses lecteurs cette amitié, cet
amour qui fait oublier le handicap, qui modifie les comportements
et bonifie les caractères. Un accident de cheval et Louise
va devoir rester en fauteuil. Elle refuse de communiquer même
avec sa meilleure amie. Mais l'amitié, l'amour (De l'autre
côté du mur) viennent donner la force de se dépasser.
C'est l'amitié encore avec Samir, né sous X, qui vit
dans un foyer avec Pierre. Ce dernier lui voue à sa manière
une adoration. Hélas Samir va trouver une famille d'accueil
(L'ami). Yaël Hassan nous dit aussi que les sentiments
peuvent évoluer radicalement. Il peut y avoir au départ
de la haine, du racisme ordinaire. Ainsi Serge, le héros
dans Sans raison particulière, a 17 ans, c'est un
fils de notable. Il est haineux sans motif apparent, par ennui ou
pour épater la belle Betty. Ce n'est que la rencontre avec
un ancien déporté qui vient témoigner devant
la classe qui va susciter une prise de conscience et un revirement.
Jean Luc Luciani
avec sa trilogie marseillaise insiste plutôt sur les expériences
qui font passer des rivalités à l'amitié. Ainsi
dans Les couscous, les pastis et moi, c'est bien une quête
d'amitié difficile au départ. Antonin vient d'aménager
dans un village provençal où il espère se faire
de bons copains mais il découvre 2 clans dans la classe.
Avec Un rap pour Samira, les filles vont prendre des initiatives
en musique puisqu'un concours est organisé dans la cité,
mais aussi en amour.
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