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Un point
de vue philosophique
Le poète Agathon avait donné un banquet au cours duquel,
tour à tour, chaque convive fut invité à faire
l'éloge de l'amour. Un entretien avec la prêtresse
Diotime de Mantinée est le moyen par lequel Socrate révèle
la vraie nature de l'amour. Eros n'a pas d'être, tout entier
contradictoire, "belle laideur" et "savante ignorance",
il est passage, élan qui nous libère des entraves
de la vie sensible pour nous ouvrir le monde de l'immuable. L'amour
est donc, avant la mort, comme la philosophie, le libérateur
de l'âme.

Au XIXe siècle, dans la littérature
Au XIXe siècle, le discours amoureux est dominé
par un modèle : le paradigme pétrarquisant de l'amour
angélique, ou de l'amour séraphique. Ce paradigme,
qui renvoie à une tradition particulièrement riche
de la littérature européenne, donne à l'amour
humain un statut céleste et en fait la préface de
l'amour divin. Les sources de cette conception sont platoniciennes.
De nombreux écrivains de l'époque romantique identifiaient
le sentiment amoureux à une voix placée par Dieu dans
la conscience humaine. Tous les écrivains du XIXe
siècle ne se sont cependant pas rangés sous la bannière
de cet idéal platonisant. Celui-ci fut mis en question par
Stendhal, Balzac, Nerval, Baudelaire et Flaubert, qui ont consacré
leurs écrits à indiquer combien ces modèles
absolus, une fois appliqués à la vie quotidienne,
se révélaient pernicieux. Ainsi, à travers
les débats qui se sont noués autour de la question
de l'idéalisme amoureux, c'est la nature conflictuelle du
romantisme qui apparaît, et au-delà, c'est la problématique
même de la modernité littéraire qui est posée
: l'ambition de l'authenticité et la volonté de trouver
une signification "laïque" au monde d'en bas entrent
au XIXe siècle en concurrence, chez les écrivains,
avec le désir de se hausser jusqu'à Dieu, ou de jouer
un rôle d'intermédiaire entre la terre et le Ciel.

Au XXIe siècle dans la littérature pour
les "grands adolescents"
"Souvenons-nous ?" L'éphémère collection
romantique naissait en 1994 aux presses de la cité. Côté
poche, J'ai lu a sa collection : "Roman sentimental",
et chez Pocket, "Romans" vise un public large et sait
parler d'amour.

L'amour est dans l'Histoire avec Les treize vents de Juliette
Benzoni, restituant la vie quotidienne dans le Cotentin à
la fin du XVIIIe siècle. Dans Un si grand amour
de Danielle Steel le lecteur vit les dernières angoisses
du Titanic. Du même auteur Souvenirs du Viêt-nam
raconte à tous une guerre terrible.
D'autres romans comme les inévitables Cartland, les ouvrages
de Catherine Cookson présentent des intrigues sans surprise
et ne déroutant pas les lecteurs.
Le roman sentimental se marie avec le policier ou le fantastique.
Des collections comme : "Rose & plus" chez j'ai lu,
"Suspense et sixième sens" chez Harlequin, "Soupçons"
chez Rosebud, en témoignent.

Sagas et chroniques familiales
Avec les classiques Daphné du Mourier, Somerset Maugham,
Henry Troyat, Robert Sabatier, les stéréotypes disparaissent
pour laisser la place à des personnages à la psychologie
plus travaillée. L'aspect convenu des intrigues s'efface
devant l'inattendu et le romanesque. La reconstitution historique
devient plus large, plus ambitieuse. Le roman se fait saga et chronique
familiale. Ces histoires de famille qui s'étendent sur plusieurs
générations sont souvent le prétexte à
peindre le tableau d'une époque. (Clavel : Les colonnes
du ciel ; La grande patience - Frain Irène : Secret
de famille - La Roche Mazo de : Jalna - Palliser Charles
: Le Quinconce - Signol Claude : La rivière espérance.
Phénomènes de ces dernières années,
les suites apocryphes aux grands best-sellers : La malédiction
de Manderley par Suzan Hill, pour le Rebecca de Daphné
du Maurier ou encore Scarlett d'Alexandra Ripley pour Autant
en emporte le vent.
Les sagas telles Les Forsyte de John Galsworthy, Les oiseaux
se cachent pour mourir de Colleen McCullough, Les gens de
Mogador de Elisabeth Barbier, souvent adaptées à
la télévision en des séries-cultes, continuent
de passionner les lectrices.
Du roman sentimental, on passe au roman d'amour.

Autrefois
Pour rêver encore, il y a ces amours d'une autre époque
auxquelles se mêlent étroitement l'Histoire (Bourin,
Mitchell) ou qu'une société figée, sûre
de ses préjugés, broie impitoyablement (Hardy, Von
Keserling).
Le romantisme exacerbé de ces amours tend parfois jusqu'à
la folie (Campion, Garcia-Marquez).
On peut y rencontrer quand même des héroïnes modernes
qui osent affirmer audace et sensualité.
Ces romans constituent aussi une approche moins aride de périodes
difficiles (Bourin Jeanne : Le grand feu - Austen Jane :
Northanger Abbey).

Amours d'aujourd'hui
Les amours sont contrariées par l'histoire et les événements
politiques (Dunkel, Fleischer, Hermary-Vieille), brisées
par la maladie qu'elle s'appelle cancer ou SIDA (Collard, Navarre,
Roche), ou encore amours adolescentes en marge de la société
(Gifford, Hoffmann), se brisant devant l'incompréhension
ou l'absence de l'autre (Franck, Lainé, Queffélec),
l'amour aux prises avec le monde contemporain n'a plus grand chose
à voir avec le roman rose.
Quelques auteurs savent évoquer la magie d'un paysage (Jouen),
l'enthousiasme et l'appétit de vivre de la jeunesse (Manet).
Quant à Barbara Pym, cette intemporelle des années
1950, elle mêle humour et mélancolie, tendresse et
cruauté, vérité.

La
littérature pour la jeunesse
L'âge auquel s'adresse le livre est bien sûr important.
Mais dans l'ensemble toutes les facettes de l'amour sont déclinées,
et celles que nous avons évoquées pour les grands
adolescents se retrouvent : roman rose, mélange avec le policier,
le fantastique, la SF, avec l'Histoire, amours aux prises avec le
monde contemporain.
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