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I. Etre amoureux,
dans les albums

Plus que de l'amitié
Le héros est amoureux. C'est dit avec discrétion dans
différents ouvrages comme Mathieu de Solotareff, à
l'Ecole des Loisirs. Notre héros après avoir perdu
ses camarades du fait de son caractère, les retrouve et découvre
plus que l'amitié.
Le chat, dans l'ouvrage de Pommaux. fait sa première expérience
d'indépendance, ses parents sont inquiets mais le laisse
sortir, ce n'est qu'une rencontre.
On sait que Rachid est amoureux de sa maîtresse et de la télévision
dans l'ouvrage de Ben Jelloun Rachid.

Un amour qui sauve du désespoir
Brun Cosme Nadine et Nascimbene Yan (ill.) : Marie de la mer,
Milan.
Sur la plage est étendue ruisselante une femme. Un père
et ses deux filles vont lui redonner le goût de vivre.

Des amours en principe difficiles
Dans l'album de Loustal, Gaby, au Seuil, le sujet est original
puisqu'il s'agit d'un ange amoureux d'une terrienne et qui va tout
faire pour qu'elle monte au ciel.
Il sera bien sûr puni d'avoir fait mourir des humains. Après
avoir purgé sa peine, c'est le désir d'un enfant qui
l'animera.
Dans Gaby, l'ange offre un double visage, dualisme qui qualifie
selon Gaston Bachelard, toute rêverie sur le dynamisme aérien.
Gaby est d'abord un artiste, sculpteur de nuages qui unit pureté,
lumière, verticalité. Il est doux et bienveillant,
soucieux de faire plaisir aux hommes en leur apportant le réconfort
de la beauté. Mais Gaby envie les terriens et pèche
par convoitise. Il transgresse la loi divine. Son péché
véniel va devenir péché mortel.
L'ouvrage développe les diverses variations sur les liens
amoureux qui peuvent unir des créatures corporelles et des
créatures incorporelles. On connaissait déjà
la fascination du scénario des amours des anges dans de nombreuses
oeuvres d'écrivains comme Vigny, Hugo, Lamartine.
Tout ange est terrible écrit Rilke et Gaby est effrayant
dans son comportement. Il trouble les mortels, provoque leur mort.
En opposition au dynamisme ascensionnel qui confère au vol
une connotation éthique d'ascétisme et de pureté,
le regard vers la terre est bien une chute qui coïncide avec
le mal. Sa valorisation négative signifie péché,
révolte et aussi jugement. Gaby passe de la pureté
à la volupté sous les forces souterraines du désir,
l'envie d'avoir une Femme. Il connaîtra à nouveau avec
l'amour tel que les hommes peuvent l'espérer une période
de joie mais limitée puisqu'à nouveau il regardera
sur la terre les enfants, dans l'espoir d'en faire venir un à
lui. Le désir est démoniaque.
L'ange déchu a souvent catalysé les obsessions les
plus secrètes de l'imaginaire masculin à la recherche
d'une effigie pour représenter l'artiste tourmenté,
médiateur entre les hommes et les dieux, l'exclu de la société
de son temps. Dans Gaby, la signification symbolique s'infléchit
vers l'éros associé à la transgression et à
la culpabilité. Gaby se laisse attirer par la terre livrée
aux puissances sensuelles.

Exister en couple
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L'amour ce n'est pas simple non plus quand on vit en couple
Ernest et Célestine, Corbelle et Corbillo, Lola et Léon
forment des couples où chacun se demande comment exister.
Les histoires d'Ernest et de Célestine, l'ours et la petite
souris, personnages familiers des albums de Gabrielle Vincent, évoquent
avec une grande sensibilité, ce qui peut être difficile
à vivre. Ainsi dans Le labyrinthe, Célestine
a envie d'avoir peur, mais juste un petit peu. Parce que, très
vite, elle a trop peur, se sent abandonnée et pleure, contradiction
qu'Ernest éprouve quelque difficulté à comprendre.
C'est qu'il n'est pas si facile de pénétrer dans les
fantasmes de l'autre ! L'histoire racontée dans Une chanson
est encore plus touchante. Ernest pleure d'émotion en entendant
la mélodie jouée par un musicien dans la rue. Après,
pendant des heures et des heures et même des jours, plus rien
ne compte pour lui que cette chanson dont il retrouve petit à
petit les paroles. Là-bas, en Roumanie, sa mère la
lui chantait. Les souvenirs sont si forts qu'il en oublie jusqu'à
la présence de Célestine qui ne comprend rien à
ce qui se passe. Quand enfin il prend conscience du chagrin de sa
petite compagne, il lui dit qu'il lui racontera tout. Mais qui peut
vraiment rejoindre l'autre au pays de son enfance ? Seule la tendresse
permet d'établir un pont entre deux êtres au-delà
des différences, des secrets, des non-dits.
Cette idée que dans le couple le plus tendrement uni, chacun
doit vivre sa vie se retrouve dans les deux albums Lola et Léon
et Lola en Chine d'Anna Höglund. Dans le premier, Léon
décide de partir en voyage seul, et il ne demande même
pas son avis à Lola. Il prépare ses bagages, donne
des consignes pour les fleurs, et ne s'inquiète nullement
du silence de sa compagne. Ce n'est qu'au retour, quand Lola se
plaint qu'il l'ait abandonnée, qu'il réalise qu'elle
a été malheureuse en son absence. Lola à son
tour veut aller en Chine. Il est plus facile d'être celui
qui part, mais il voit une lueur dans les yeux de Lola et il comprend
que rien ne pourra l'arrêter. Lola apprend beaucoup au cours
de son voyage. Au retour heureuse de retrouver Léon, elle
lui raconte. Léon ne l'écoute pas et lui parle de
promotions du super-marché. Peu importe se dit Lola, de toute
façon, je l'aime. Le voyage n'est pas vécu de la même
manière par les deux personnages. L'essentiel en ce qui concerne
le couple est l'expérience qui permet à chacun de
mieux comprendre l'autre.
Avec les personnages de Pommaux on retrouve aussi ce problème
du couple et des goûts partagés ou non pour l'aventure.

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L'homosexualité
Un album est publié sur le sujet. Il s'agit là d'une
petite révolution car l'album a longtemps été
considéré comme un format trop précoce pour
accueillir l'homosexualité et son public trop jeune pour
être confronté à ce type de sujet. Les éditions
du Sourire qui mord avaient en leur temps entrepris de traiter des
thèmes aussi délicats que la sensualité ou
l'identité sexuelle (Les chatouilles ou encore L'histoire
de Julie qui avait une ombre de garçon), mais jamais
un album n'avait été aussi explicite sur l'homosexualité
que Marius de Latifa Alaoui et Stéphane Poulain publié
en mars 2001 à L'atelier du poisson soluble.
Dans cet album l'auteur passe par la situation d'une famille recomposée,
le père du petit Marius refaisant sa vie avec un homme. Narrateur,
Marius raconte cette situation avec beaucoup de naturel et c'est
lui qui s'étonne des préjugés dont font preuve
sa grand-mère et son institutrice. Didactique, cet album
aborde le sujet avec le tact nécessaire pour son public et
rappelle que ce qui compte, c'est surtout l'amour.
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