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Familles et générations : vers plus de partage ? (2)
par Geneviève Arfeux-Vaucher
Directeure de recherche, Fondation Nationale de Gérontologie, Paris

La place générationnelle définit des relations d'égalité, de subordination, d'autorité… Si ces nominations décrivent de manière objective les liens entre générations, elles ne disent rien du vécu subjectif de ces liens : être le fils de… peut réjouir comme être insupportable, être le grand-père ou la grand-mère d'un personnage célèbre peut laisser indifférent ou affermir son ego… Il suffit de voir, dans certaines familles, la recherche de parentés ressenties comme flatteuses, ou le refus de liens générationnels vécus comme infamants. Combien de familles sont mises à rude épreuve par la révélation concomitante de l'homosexualité et de la séropositivité par le VIH d'un des leurs. Des enfants, d'âge adulte, ont été rejetés par leurs parents qui voudraient renouer au moment de la fin de vie de cet enfant, lequel n'accepte pas toujours ce remord trop tardif pour lui.


Qu'on le veuille ou non, les liens entre générations existent de fait. Quelle différence entre liens entre générations et inter-génération ?

L'acception courante actuelle de l'inter-génération correspond à un jeu de saute mouton. (Les "Moyens Âgeux" de Conflans Sainte Honorine)
Le mot inter-génération a commencé à être utilisé, et sur-utilisé, dans le secteur de la gérontologie au cours des années 1980. C'est la résultante de la conjonction de plusieurs phénomènes :
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visibilité de l'allongement de la vie pour un grand nombre de personnes,
réflexion nouvelle sur le vieillissement et plus seulement sur la vieillesse,
prise de conscience des changements structurels dans la société,
l'abaissement légal de l'âge de la retraite à 60 ans.

D'où une société qui produit une augmentation du nombre de vieux non rentables économiquement pour l'entreprise, dont la société ne sait quoi en faire, quoi leur proposer pour se sentir moins coupable.
L'inter-génération est sensé sauver du mal-être, de la dépression, de la mésestime de soi, ces nombreux préretraités en mal d'occupation et de reconnaissance sociale.
Il est important d'ajouter à une analyse économique, cette forme de culpabilité collective d'avoir mis hors travail des personnes en capacité de produire de la richesse nationale, sans leur adhésion, leur laissant un goût amer et un sentiment de gâchis.
La médiatisation de la valeur de l'inter-génération vient de ce risque de désinsertion sociale vécu par bon nombre de préretraités, dans l'espoir de donner sens aux années hors travail non prévues dans le schéma habituel de la retraite.

L'inter-génération : vraie ou fausse bonne idée ?


Parler de liens entre les générations paraît plus pertinent, moins saute-mouton, plus conforme aux multiples facettes générationnelles que chaque personne cumule par addition et soustraction, sans régularité possible, tout au long de sa vie.


On passe des liens naturels aux liens sociaux.

Il y a des évidences de délitement des liens qui sont à interroger : les familles sont dites éclatées, la société soit disant égalitaire (depuis 1789) et intégratrice de ce fait, génère la tentation du communautarisme tant culturel que sociologique. Les jeunes sont sans repères, les retraités sans générosité vis-à-vis des jeunes en mal d'insertion professionnelle, l'école fabrique des exclus, l'Europe et la mondialisation des délocalisations et des chômeurs sans espoir qui deviendront des vieux pauvres, la montée comme la baisse du dollar des pauvres encore plus pauvres, etc.
Jugements énoncés de manière absolue, sans jamais les mettre en perspective historique, sans rarement dire les avancées réelles de notre société.
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