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| Les jeunes et la maladie
d'Alzheimer |
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A
propos du 21 septembre, Journée Mondiale Alzheimer.

Martine Dorange, psychosociologue et chercheur à la Fondation
Nationale de Gérontologie, a participé à
une étude sur les familles confrontées à la maladie
d'Alzheimer d'un proche*.

Elle répond à quelques questions de l'équipe
du Prix Chronos. |

Prix
Chronos : Les familles parlent-elles de la maladie d'Alzheimer
aux jeunes quand un de leur grand-parent ou arrière-grand-parent
en est atteint ?
Martine Dorange : Globalement,
la plupart des petits-enfants savent peu de choses de la maladie de
leur grand-parent. Il y a un double jeu qui s'instaure entre parents
et enfants. Les parents sont "surprotecteurs" en disant
qu'ils sont trop jeunes pour y être associés. Ils préfèrent
les tenir à l'écart.

PC : Comment réagissent les
jeunes ?
MD : Les plus jeunes supportent
mal cette surprotection. Elle les empêche de parler et de questionner.
Il y a aussi chez les jeunes un désir de ne pas blesser ou
gêner un papa par exemple, qu'ils perçoivent, sans lui
dire, en souffrance, parce que son père est atteint de la maladie
d'Alzheimer. Les enfants se taisent pour le protéger lui aussi.
Antoine, un petit-fils, nous a dit : "la parole circule, mais
c'est aussi le problème, elle est un peu vide. Ma mère
craque parfois devant mon frère et moi et c'est dur. Mais ce
qui est marrant, c'est ce que ma mère reproche à ses
parents, c'est ce que moi et mon frère, on pourrait lui reprocher
plus tard."

PC : Qu'est-ce qui vous a le plus
frappé chez les jeunes ?
MD : Evidemment, on ne peut pas
généraliser. Certains passent par des étapes
qui vont de la révolte au rejet en fonction de l'évolution
de la maladie. D'autres au contraire sont très proches et s'adaptent
à l'évolution de la personne. Mathieu, un garçon
d'une dizaine d'années, m'a dit de son grand-père :
"ça n'est pas si grave, il est vivant, c'est cela qui
est important, il suffit de l'aider, de le soutenir en essayant de
ne pas trop lui faire remarquer ses erreurs". Thiphaine, une
jeune fille de 20 ans, aide beaucoup sa grand-mère et essaie
de continuer à converser avec elle à partir d'une émission
de TV ou de choses du quotidien extrêmement concrètes.

PC : Finalement, les jeunes sont
assez lucides !
MD : C'est vrai, ils sont souvent
lucides et positifs et semblent davantage débarrassés
de la charge morale et physique de leurs parents. Ils sont dans un
rapport affectif plus apaisé, bienveillant et souvent tolérant.

PC : Et les très petits ?
MD : Ils continuent d'aller vers
leur grands-parents sans difficulté, mais ils perçoivent,
semble-t-il, que quelque chose a changé. Nous avons pu le constater
à travers le dessin d'un enfant de 4 ans, Julien, représentant
ses deux arrière-grands-parents. Julien dessine son arrière-grand-mère,
assise et un peu "recroquevillée". Il dit : "avec
elle, je ne fais rien parce qu'elle est trop vieille".

PC : Quelles sont les conséquences
de ce silence protecteur ?
MD : Silence et non-dits n'engendrent
que de la souffrance. Certains petits-enfants peuvent réclamer
un répit, refuser de voir une grand-mère pendant un
temps, parce que ça leur est insupportable. Il faut aussi savoir
l'entendre et en parler, c'est une situation que nous avons rencontrée.
La majorité des jeunes sont demandeurs d'explications sur la
maladie, sur comment va évoluer leur grand-père ou leur
grand-mère. Ils s'inquiètent également pour le
grand-parent qui n'est pas malade et sur la réaction de leurs
propres parents. Les mots ne peuvent que les rassurer.

PC : Que suggérez-vous pour
rompre ce silence ?
MD : Ce n'est pas simple, chaque
famille et chaque malade sont particuliers. Il faut essayer de parler
en famille, se faire aider si nécessaire. Utiliser des supports
qui facilitent la communication est souvent très utile. Par
exemple, les livres, films peuvent
dédramatiser, aider à comprendre, aider à accompagner
et à vivre. Ce sont des médiateurs de parole en famille
qui vont aider à admettre qu'une personne atteinte de la maladie
d'Alzheimer est une personne vivante, à sa manière.
Dans les sélections du Prix Chronos, plusieurs
albums et romans ont été consacrés à la
maladie d'Alzheimer. Certains ont même été
choisis comme lauréats du Prix par les jeunes lecteurs. Le
thème n'est donc pas tabou pour eux.

Consulter la liste des livres des sélections du Prix Chronos
traitant de la maladie d'Alzheimer ou d'une maladie similaire
>>>
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*Des
mots à dire, des mots
à lire,
"Gérontologie & société", Fondation
Nationale de Gérontologie, en partenariat avec Janssen-Cilag,
numéro spécial, mars 2005. Diffusion Janssen-Cilag
: 01 55 00 41 45
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