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Doris Lessing et le thème du vieillissement
Les Grands-Mères de Doris Lessing, pré-sélectionné pour le Prix Chronos 2006Le Prix Nobel de Littérature a été attribué le 11 octobre 2007 à Doris Lessing, quatre-vingt huit ans. Elle devient la onzième femme et l'écrivain le plus âgé à recevoir cet honneur depuis 1901. Le comité de l'Académie suédoise récompense une "conteuse épique de l'expérience féminine, qui avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire scrute une civilisation divisée", selon les termes du communiqué.
Plusieurs romans de Doris Lessing abordent le thème de la vieillesse et l'un d'eux avait été pré-sélectionné pour le Prix Chronos 2006.

Pour des raisons de santé, Doris Lessing n'a pas pu assister à la cérémonie de remise du Prix Nobel de littérature, prévue le 10 décembre à Stockholm en Suède, mais son discours de récipiendaire du prix annuel, à été diffusé le 7 décembre à l'Académie suédoise.


Doris Lessing est née le 22 octobre 1919 à Kermanshah en Perse (Iran actuel). Cet auteur britannique a été, parfois malgré elle, l'icône des causes marxistes, anticolonialistes, anti-apartheid et féministes. Devenue célèbre dès son premier livre Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales. En 1983 et 1984, Doris Lessing publie successivement deux romans sous le pseudonyme de Jane Somers - un canular destiné à tromper les éditeurs - Journal d'une voisine1 et Si vieillesse pouvait...2, consacrés à la solitude, à la maladie, au vieillissement et à la mort.
Dans Si vieillesse pouvait… (p. 110), elle écrit "les gens très vieux font trop peur, sont trop menaçants et nous ne pouvons le supporter ; ils sont tous là comme des symboles de notre propre mort, aussi voudrait-on en faire de bons petits enfants. Pour notre tranquillité d'esprit."
Elle écrit à plusieurs reprises qu'on ne voit pas les personnes âgées, qu'on les ignore, qu'on les oublie : "Jusqu'à ces dernières semaines, je ne voyais absolument pas les vieilles gens. Mon regard se dirigeait spontanément vers ceux qui étaient jeunes, agréables, bien habillés, beaux. Je ne voyais qu'eux. A présent, c'est comme si un écran masquait cette image pour révéler tout d'un coup les vieux et les infirmes." (Journal d'une voisine, p. 27).
Elle démontre la difficulté mais aussi l'importance des relations avec les personnes âgées : "Mais il y a une chose que je sais : lorsque quelqu'un meurt, ce que nous regrettons, c'est de ne pas lui avoir suffisamment parlé. Je n'ai jamais parlé avec Grand-mère, je ne sais pas quel genre de personne c'était. Je me rappelle à peine mon grand-père. […] Je n'en sais rien. Et je ne le saurai plus jamais."


Ces livres seront suivis (sous son nom) de nombreux autres ouvrages comme, entre autres, La terroriste, Le cinquième enfant, Rire d'Afrique, La madone noire, Dans ma peau, La marche dans l'Ombre, Les grands-mères, Le rêve le plus doux, Un enfant de l'amour, etc.
Au total, Doris Lessing est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages (romans, nouvelles, théâtre, essais...), la plupart inspirés par son enfance, l'Afrique et ses engagements sociaux et politiques, tous plus ou moins autobiographiques, qui font d'elle l'un des plus grands témoins de l'époque.


Les grands-mères3 de Doris Lessing a été pré-sélectionné pour le Prix Chronos 2006, mais n'a pas été retenu par le Comité de sélection dans le choix final.
Ce livre raconte l'histoire de deux femmes d'une soixantaine d'années, Lil et Roz, issues d'un milieu privilégié et amies très proches depuis toujours, qui passent presque tout leur temps à la plage. Elles semblent n'exister que dans leur propre monde et prennent soin de ne laisser personne pénétrer leur bulle, tout en faisant grand cas des apparences. Lorsque les deux femmes débutent chacune une aventure avec le fils de l'autre, leur univers en est complètement bouleversé…
Doris Lessing aborde dans cet ouvrage des sujets variés : l'amour sous toutes ses formes, la jalousie, le temps qui passe ou bien encore les codes de la société.
Elle explique ainsi son envie d'écrire cette fiction : "Prenez 'Les Grands-mères', cette histoire de deux amies, chacune ayant une liaison amoureuse avec le fils de l'autre. On y a vu mon goût de la provocation. Je me suis inspirée du récit que m'avait fait un ami d'un des deux jeunes hommes. C'était vrai, ces amours improbables et nécessairement contrariées. Je ne peux pas imaginer qu'un écrivain, entendant cela, renonce à se saisir d'un tel sujet."

1Les Carnets de Jane Somers, t. 1 : Journal d'une voisine, Albin Michel, 1985
2Les Carnets de Jane Somers, t. 2 : Si vieillesse pouvait, Albin Michel, 1985
3Les grands-mères, Flammarion, 2005

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