Les
résultats de notre étude permettaient de dégager
des caractéristiques propres à un sexe. Les grands-pères
étaient plus complices avec leurs petits-enfants que les grands-mères.
Ils apparaissaient plus sages, ce qui générait une admiration
et une relation de proximité avec l'enfant. Le grand-père
apparaît donc plus proche de ses petits-enfants que la grand-mère,
elle-même plus accaparée par les tâches domestiques.
Cette représentation suggère une situation stéréotypée
: un grand-père, jeune retraité qui, après avoir
cessé son activité professionnelle s'investit dans les
relations familiales sans prendre en charge les tâches matérielles
; une grand-mère qui n'a pas travaillé et qui reste
très occupée par les tâches domestiques qui l'éloignent
de ses petits-enfants. Pourtant actuellement 50 % des femmes de 60
ans sont elles aussi de jeunes retraitées. Il apparaît
donc un retard, dans les albums, par rapport à l'évolution
sociale. Les auteurs sont peut-être, là encore, marqués
par le modèle de leurs propres grands-parents.
Il est intéressant de noter que la fantaisie, qui permet à
la littérature de remplir sa fonction de rêve, n'est
pas exclue dans les représentations de la vieillesse puisque
que dans notre étude, un personnage sur 5 avait un trait de
caractère fantaisiste.
Les résultats
de cette étude pointaient l'absence, dans la littérature
enfantine, du quatrième âge et de ses corollaires :
la maladie qui ne concernait que 6 % des personnages, la dépendance
représentée dans 2 albums, la démence représentée
dans un seul album, et la maison de retraite jamais évoquée.
Plusieurs hypothèses peuvent être évoquées.
Il est possible que les auteurs considèrent que le quatrième
âge ne fait pas partie de l'univers des enfants de 3 à
7 ans dont les grands-parents sont âgés en moyenne
de 60 ans (1). Les auteurs ont peut-être eux-mêmes
eu peu de contact avec des personnes âgées de plus
de 80 ans, le quatrième âge étant un phénomène
d'apparition récente. Il serait intéressant d'étudier
la littérature à destination des adolescents pour
voir si ce quatrième âge y apparaît d'avantage.
Il est également possible que nous soyons face à une
idéalisation, consciente ou non, de la vieillesse ou à
la persistance de sujets tabous dans la littérature enfantine.
Quelque soit la raison, il est souhaitable de s'interroger sur les
conséquences de ces absences. La représentation psychique
de la vieillesse, qui s'élabore dans l'enfance, risque de
faire abstraction de l'idée de maladie du fait de sa quasi-absence
dans les albums et également du fait de l'éloignement
actuel des enfants lors de la maladie d'un grand-parent (renforcé
par l'interdiction pour les enfants de moins de 12 ans de pénétrer
à l'hôpital). Il est utile de se demander quelle sera
la réaction de ces enfants devenus adultes lorsqu'ils seront
confrontés à la maladie de parents vieillissants ou
à leur propre vieillesse. De même, le fait de ne pas
intégrer l'institution dans les représentations psychiques
de l'enfant risque de rendre son éventuelle confrontation
au milieu institutionnel pour ses parents vieillissants, douloureuse
et source de culpabilité.
En conclusion,
les résultats de notre étude montrent que la représentation
de la vieillesse dans la littérature pour jeunes enfants
est à la fois idyllique et porteuse d'un certain degré
d'archaïsme. Les auteurs décrivent de "jeunes personnes
âgées", en bonne santé, vivant à
domicile, ayant des loisirs et vivant un lien affectif intense et
joyeux avec leurs petits enfants.
La représentation graphique reste désuète.
Les grands absents de cette littérature sont le quatrième
âge et ses corollaires : la maladie, la dépendance,
la maison de retraite et la démence. A ce titre, il est important
de souligner l'existence du prix Chronos, qui vise à promouvoir
une littérature jeunesse traitant de la vieillesse et à
étendre le rôle du livre comme médiateur entre
l'enfant et sa famille, qui peine souvent à trouver les mots
pour parler du quatrième âge (18, 19). Il est effectivement
essentiel que les enfants d'aujourd'hui puissent intégrer
et élaborer une représentation psychique bien acceptée
du quatrième âge, de façon à faciliter
leur confrontation au vieillissement de leurs proches et à
leur propre vieillissement.
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