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Accompagner l'enfant sur le chemin du chagrin (1)
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Hélène Romano
Psychologue clinicienne, Docteur en psychopathologie clinique, Psychothérapeute

Article paru dans Le Journal des psychologues, n° 273, décembre 2009-janvier 2010, p. 48-53
(texte repris sur le site du Prix Chronos avec l'aimable autorisation de l'auteur, toute reproduction interdite)

Comment les enfants parlent-ils de la mort ? Comment en parler avec eux et répondre à leurs déroutantes questions ? Comment les accompagner sur le chemin du chagrin lorsqu'ils sont touchés par un deuil ? A ces questions, il n'y a pas de réponses faciles, mais Hélène Romano nous guide dans une réflexion essentielle pour tenter de mieux appréhender ce qui peut être compris, ressenti par ces enfants endeuillés, pour pouvoir les accueillir et les accompagner.

L'enfant et la mort : deux termes que nous souhaiterions antinomiques, mais, pourtant, deux mots si souvent réunis dans la réalité. Les bébés, les enfants, les adolescents, sont touchés par le chagrin, mais, face à la mort, ils sont souvent seuls, leur douleur étant encore sous-estimée et méconnue. Si parler de la mort à des adultes endeuillés est une épreuve difficile, accompagner un enfant face à la mort est un événement particulièrement éprouvant qui plonge souvent les adultes dans le désarroi, qu'ils soient professionnels de l'enfance, parents ou proches.

Spécificité du processus du deuil chez l'enfant

Les questions autour de l'enfant et la mort sont universelles et véhiculent un certain nombre d'affirmations : les enfants endeuillés seraient trop immatures pour comprendre ce qui se passe ; ils seraient trop jeunes pour réaliser ce qu'ils vivent ; leur mémoire serait trop fragile pour se souvenir de cette épreuve ; ils n'auraient pas de représentations suffisantes de la mort, et donc pas peur de la mort, etc. Ces allégations s'étayent en partie sur la réalité des processus développementaux qui s'organisent avec l'âge, en particulier le langage, la mémoire, les représentations et la perception de la réalité. Mais, si la maturation du petit d'homme nécessite du temps et prend des années, cela ne signifie pas que bébés, enfants et adolescents ne soient pas touchés par la mort, lorsque celle-ci vient faire irruption dans leur toute jeune histoire.

Évidemment, les enfants n'ont pas une représentation de la mort identique à celle des adultes, mais, comme l'a bien montré Lionel Bailly (2006), ils ont très tôt une représentation de la vie marquée de leurs croyances et de multiples théories qui leur permettent de donner sens à ce qu'ils vivent. Lorsque l'événement traumatique et ses conséquences viennent rompre leur rythme de vie, bouleverser leurs croyances, anéantir leur confiance dans la vie et envers leurs proches, les blessures de l'âme, la souffrance du coeur et de la mémoire sont réelles et constituent autant de blessures psychiques invisibles avec lesquelles les enfants endeuillés vont devoir réapprendre à vivre (Romano et Baubet, 2006).

Selon la majorité des auteurs, l'idée de mort, et en particulier la notion de mort définitive, s'élaborerait progressivement avec le niveau de développement de l'enfant pour parvenir vers la préadolescence à une représentation proche de celle des adultes. Si l'idée de catégoriser par stades nous semble excessive, notre expérience clinique nous amène à dégager deux périodes charnières dans la compréhension de la mort et les capacités de l'enfant de réagir à une perte : avant six ans et au-delà de six ans.

Le bébé et le tout-petit n'ont pas de compréhension intellectuelle de ce qu'est la mort, mais souffrent au niveau émotionnel de la séparation. Avant six ans, l'enfant a une vision assez rudimentaire de la mort ; il la perçoit comme un phénomène passager sans notion d'irréversibilité et d'universalité. Le recours à l'imaginaire est très présent et les jeunes enfants jouent naturellement avec la mort : "Pan t'es mort" et le cow-boy qui vient de se faire tirer dessus se relève au bout de quelques minutes, tout comme la princesse qui venait de boire de la soupe empoisonnée ressuscite au bisou du prince charmant. Leur croyance en une mort provisoire est renforcée par les personnages des dessins animés et des jeux vidéo qui meurent et ressuscitent sans limite. Le monde psychique de l'enfant très jeune est en pleine évolution et dominé par la toute-puissance de la pensée magique : il se pense seul au monde, responsable de tout ce qui peut arriver autour de lui et croit fermement que ses paroles suffisent à provoquer les événements. Donc, si, dans un moment de colère, il en vient à souhaiter la mort d'une personne et qu'effectivement cela se produit, il peut facilement s'attribuer la responsabilité de ce décès et être convaincu que son comportement a eu l'effet d'une baguette maléfique et que, s'il avait été plus gentil, plus sage, plus obéissant, la personne disparue serait encore vivante.
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