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Comment les enfants parlent-ils
de la mort ? Comment en parler avec eux et répondre à
leurs déroutantes questions ? Comment les accompagner sur
le chemin du chagrin lorsqu'ils sont touchés par un deuil
? A ces questions, il n'y a pas de réponses faciles, mais
Hélène Romano nous guide dans une réflexion
essentielle pour tenter de mieux appréhender ce qui peut
être compris, ressenti par ces enfants endeuillés,
pour pouvoir les accueillir et les accompagner.
L'enfant et la mort : deux termes que nous souhaiterions
antinomiques, mais, pourtant, deux mots si souvent réunis
dans la réalité. Les bébés, les enfants,
les adolescents, sont touchés par le chagrin, mais, face
à la mort, ils sont souvent seuls, leur douleur étant
encore sous-estimée et méconnue. Si parler de la mort
à des adultes endeuillés est une épreuve difficile,
accompagner un enfant face à la mort est un événement
particulièrement éprouvant qui plonge souvent les
adultes dans le désarroi, qu'ils soient professionnels de
l'enfance, parents ou proches.
Spécificité du processus
du deuil chez l'enfant

Les questions autour de l'enfant et la mort sont
universelles et véhiculent un certain nombre d'affirmations
: les enfants endeuillés seraient trop immatures pour comprendre
ce qui se passe ; ils seraient trop jeunes pour réaliser ce
qu'ils vivent ; leur mémoire serait trop fragile pour se souvenir
de cette épreuve ; ils n'auraient pas de représentations
suffisantes de la mort, et donc pas peur de la mort, etc. Ces allégations
s'étayent en partie sur la réalité des processus
développementaux qui s'organisent avec l'âge, en particulier
le langage, la mémoire, les représentations et la perception
de la réalité. Mais, si la maturation du petit d'homme
nécessite du temps et prend des années, cela ne signifie
pas que bébés, enfants et adolescents ne soient pas
touchés par la mort, lorsque celle-ci vient faire irruption
dans leur toute jeune histoire.

Évidemment, les enfants n'ont pas une
représentation de la mort identique à celle des adultes,
mais, comme l'a bien montré Lionel Bailly (2006), ils ont très
tôt une représentation de la vie marquée de leurs
croyances et de multiples théories qui leur permettent de donner
sens à ce qu'ils vivent. Lorsque l'événement
traumatique et ses conséquences viennent rompre leur rythme
de vie, bouleverser leurs croyances, anéantir leur confiance
dans la vie et envers leurs proches, les blessures de l'âme,
la souffrance du coeur et de la mémoire sont réelles
et constituent autant de blessures psychiques invisibles avec lesquelles
les enfants endeuillés vont devoir réapprendre à
vivre (Romano et Baubet, 2006).

Selon la majorité des auteurs, l'idée
de mort, et en particulier la notion de mort définitive, s'élaborerait
progressivement avec le niveau de développement de l'enfant
pour parvenir vers la préadolescence à une représentation
proche de celle des adultes. Si l'idée de catégoriser
par stades nous semble excessive, notre expérience clinique
nous amène à dégager deux périodes charnières
dans la compréhension de la mort et les capacités de
l'enfant de réagir à une perte : avant six ans et au-delà
de six ans.

Le bébé et le tout-petit n'ont pas de compréhension
intellectuelle de ce qu'est la mort, mais souffrent au niveau émotionnel
de la séparation. Avant six ans, l'enfant a une vision assez
rudimentaire de la mort ; il la perçoit comme un phénomène
passager sans notion d'irréversibilité et d'universalité.
Le recours à l'imaginaire est très présent et
les jeunes enfants jouent naturellement avec la mort : "Pan t'es
mort" et le cow-boy qui vient de se faire tirer dessus se relève
au bout de quelques minutes, tout comme la princesse qui venait de
boire de la soupe empoisonnée ressuscite au bisou du prince
charmant. Leur croyance en une mort provisoire est renforcée
par les personnages des dessins animés et des jeux vidéo
qui meurent et ressuscitent sans limite. Le monde psychique de l'enfant
très jeune est en pleine évolution et dominé
par la toute-puissance de la pensée magique : il se pense seul
au monde, responsable de tout ce qui peut arriver autour de lui et
croit fermement que ses paroles suffisent à provoquer les événements.
Donc, si, dans un moment de colère, il en vient à souhaiter
la mort d'une personne et qu'effectivement cela se produit, il peut
facilement s'attribuer la responsabilité de ce décès
et être convaincu que son comportement a eu l'effet d'une baguette
maléfique et que, s'il avait été plus gentil,
plus sage, plus obéissant, la personne disparue serait encore
vivante. |